Abel et Caïn avaient-ils des joujoux ? C'est probable, quoique
la Tradition ait omis de nous renseigner à cet égard.
J'imagine que ce fut Eve qui, la première, eut l'idée
de donner à Caïn un os d'élan afin qu'il pût
le sucer à son aise, tandis qu'Adam se reposait des fatigues
de la chasse en sculptant pour le petit Abel les animaux d'une arche
de Noé (?) dans un morceau de bois de frêne...
Les sauvages les plus farouches se montrent, à ce point de
vue, aussi bons parents que nous-mêmes, et c'est ce qui va nous
étonner ; ils le sont davantage, car nous nous contentons d'aller
acheter au Louvre ou au Bon Marché
, voire au Paradis des Enfants , les jouets que nous
comptons offrir à nos bambins, tandis que les sauvages fabriquent
eux-mêmes les présents destinés à leurs
enfants.
Tel guerrier épouvantablement peint et renommé à
des lieues à la ronde pour sa férocité, s'appliquera
pendant des heures entières à tailler dans un morceau
de bois un petit oiseau comme celui dont nous donnons ici le dessin,
aux ailes mobiles pouvant battre au moyen d'une ficelle, et qui fera
pour le futur chef indien encore occupé à sucer son
pouce, un joujou merveilleux.
Les bébés des Indiens Zunis ont aussi des hochets, peints
en couleurs vives et remplis de petits cailloux, pareils à
celui que nous reproduisons ici, à droite de l'oiseau. N'allons
pas oublier les toupies : en voici une collection, les unes, comme
celle-ci au corps plat, sphérique et colorié en bandes
de diverses teintes, viennent des tribus d'indiens Moquis (Arizona)
; cette autre, un peu plus compliquée, ornée d'une plume
à sa base et munie d'une longue ficelle, est un jouet qui provient
de l'Alaska.
De l'Alaska également, ce modeste toton en os ; en voici un
autre allongé en forme de navet, qui fut taillé par
un Indien Zuni.
Un jeu bien amusant aussi, paraît-il pour les petits Maoris
de la Nouvelle-Zélande, jeu quasi-religieux, dirais-je, est
celui qui consiste à faire tourner violemment une planchette
reliée à un long bâton par une corde en boyau.
Cela imite le mugissement du taureau et cela passe pour faire pleuvoir,
en appelant l'attention du dieu du tonnerre. La planchette a la forme
d'un bouclier long ; elle est ornée de signes cabalistiques.
Ce jeu était en usage chez les Égyptiens, et l'on accompagnait
d'une cérémonie.
Quant aux poupées ! il y en a de toutes formes de toute espèce
; depuis les petites figurines d'ivoire de l'Alaska taillés
dans les larges défenses des mammouths fossiles ou dans des
os de baleine et recouvertes, de souples peaux de requins garnies
de fourrures, jusqu'au naïfs poupons des petits nègres
de l'Afrique du Sud, qui sont noirs comme du charbon et n'ont pas
d'habits du tout...
En tête de notre article, en haut et à droite, figure
un personnage d'étoffe vêtu de couleurs éclatantes
; sur son visage bruni sont cousus deux yeux blancs et souriants,
il porte de véritables cheveux tressés en longues nattes
avec de petits rubans de flanelle, et les larges pantalons ornés
de franges d'une jeune Gaucho mexicain.
Voici un "danseur du feu" fait par les Indiens Moquis ;
son corps peint en noir est couvert de paillettes qui imitent les
étincelles dans la perfection, et son aspect est d'une bonhomie
charmante. Lorsque les enfants, assis en rond autour d'un brasier,
tandis que leurs pères discutent des affaires du gouvernement
en fumant leurs calumets, le font danser au bout d'un fil, quels cris
de joie ! Il est le héros de toutes les fêtes enfantines,
et son propriétaire en prend le plus grand soin.
Cette jeune personne, dont la figure est encore plus dénuée
d'expression, si possible, est faite tout entière d'écorces
de pin découpées en lanières !
Les os percés de trous et qu'il s'agit d'enfiler adroitement
les uns après les autres dans cette baguette d'acier, représentent
le jeu favori de indiens Cheyenne ; sorte de bilboquet, sans doute,
il représentera les jeux d'adresse, dans notre petite exposition
de joujoux.
Que dire de ce singulier animal ? Il est assez bien fait pour que
chacun puisse sans hésiter le reconnaître pour un bison,
ou buffle d'Amérique ; c'est un produit remarquable du talent
des Indiens Sioux, ces terribles chasseurs de chevelures.
Pour jouer au foot-ball, voici une balle possédant toutes les
qualités requises ; elle rebondit parfaitement et elle est
presque indestructible. Cette balle, d'origine siamoise, est faite
entièrement en bambou.
Les Peaux-Rouges eux, se servent de balles en... pierre, recouvertes
de peaux de daim cousues : c'est un jeu plus sérieux et il
ne serait pas bon de se voir lancer au visage une balle de cette espèce!
Passons maintenant à l'Inde, dont nous nous rapprochions tout
à l'heure en partant du pays de Siam ; de fabrication hindoue,
cet oiseau en paille tressée, monté sur ses roues, amuse
les petits enfants de Bénarès, la ville sainte ; les
roues de cet ingénieux joujou sont en paille et en bambou.
Revenons à l'Amérique ; voici une poupée du Labrador,
en costume d'hiver complet : bottes fourrés, veste, bonnet
et cache-nez, mitaines de peaux d'ours accrochées à
la ceinture. Sa tête est sculptée dans un morceau de
bois. Cette jolie poupée a dû procurer un bonheur sans
mélange à son heureuse petite maman, qui pouvait l'habiller
ou la déshabiller à son gré : plaisir à
nul autre pareil !
Comment n'admirerions-nous pas aussi ce brave guerrier qui se tient
si fièrement sur son cheval de bois ? C'est un joujou du vieux
Mexique ; il représente un conquérant espagnol. la cotte
de mailles est imitée au moyen de petites bandes de cuir, il
porte un beaume d'étain couvert de plumes éclatantes
et une cuirasse, d'étain également, destinée
à faire illusion.
Le cheval est articulé, tout comme son petit cavalier, et il
peut se mouvoir d'avant en arrière sur une tige de bois.
Pendant les longues nuits du Pôle, le petit peuple des Esquimaux
fabrique dans des dents de morses ou des morceaux de bois échoués
sur la rive, des objets merveilleux de finesse et d'art patient. Voici
un de ces objets ; ce n'est qu'un joujou d'enfant, comme les autres,
un petit traîneau à chiens ; mais quelle délicate
sculpture ! Admirons sans réserve et terminons par là
notre énumération.
Nous ne pouvons citer à l'infini les joujoux en usage chez
les peuples non civilisés de toutes les parties du globe, mais
soyons certains que leur diversité est vraiment sans limite.
L'ingéniosité patiente a produit tant de ces petits
chefs-d'oeuvre qu'on ne sait lesquels admirer davantage.
JOÉ PILGRIM