LA GUERRE DES JOUETS
C'est incontestablement en ce moment, où la fête des
jouets bat son plein, la période de l'année où
l'activité commerciale du pays atteint son apogée.
Malheureusement, il est à craindre que de cette activité
fiévreuse qui règne aujourd'hui, l'industrie française
ne tire pas tout le profit qu'elle mérite ; c'est que, comme
l'exposait récemment ici même un de nos collaborateurs,
les fabricants français de jouets subissent cette année
un rude assaut des fabricants allemands. Ceux-ci, en effet, ont pris
nettement l'offensive pour tenter de reconquérir la place si
importante qu'ils occupaient avant-guerre dans le commerce des jouets
sur le marché français.
Or, il convient de le dire sans plus tarder, si cette tentative réussissait,
elle porterait le plus grave préjudice aux petits fabricants
français.
Nul n'ignore quavant la guerre, les jeux jouets et autres articles
de l'industrie parisienne étaient, pour la plus grande partie,
de provenance étrangère.
Cette invasion de produits exotiques, savamment maquillés à
la mode française, prenait chaque année une ampleur
étonnante, un développement de plus en plus inquiétant.
Ainsi, il y a quelque vingt ans, en 1901 , les importations
de jeux, jouets et autres articles de bimbeloterie, s'élevaient
à 14 000 quintaux . A la veille de la guerre,
en 1913 , et après avoir suivi une progression
régulièrement constante, les entrées de ces articles
en France atteignaient 25 000 quintaux , soit une
augmentation de 78 % .
Si l'on se tourne du côté de la bijouterie fausse, de
ces articles en aluminium, maillechort, objets dorés et argentés,
qui excitaient la faconde du joyeux camelot parisien, on retrouve
le même siège, le même accaparement inquiétant
du marché français. Alors, en effet, qu'en 1901, les
importations d'article de bijouterie fausse s'élevaient à
1 552 quintaux en 1913, elles atteignaient près de 4 000 quintaux
, soit une augmentation de 158 % ! Chaque année l'importation
étrangère gagnait donc progressivement du terrain sur
le marché national.
De tous les pays importateurs de ces articles, l'Allemagne, comme
on le devine aisément, tenait le premier rang par l'importance
de ces envois. Il convient même d'ajouter qu'au cours des dernières
années qui précédèrent la guerre, les
expéditions de cette puissance avaient pris un développement
considérable. C'est ainsi que, de 1901 à 1913, les envois
allemands de jeux, jouets et autres articles de bimbeloterie se sont
accrus de 8000 quintaux, soit de 55 %, et que ceux de bijouterie fausse
ont augmenté de 1707 quintaux soit de 140 %.
Enfin, on appréciera mieux l'importance de la place qu'occupait
avant-guerre l'Allemagne dans l'approvisionnement du marché
national en articles de l'industrie parisienne, quand nous aurons
dit que les envois allemands représentaient en 1913, les 4/5
des importations totales de ces articles.
On comprendra facilement devant l'effort que font actuellement les
allemands pour reconquérir leur place d'avant-guerre dans l'approvisionnement
du marché français en jeux, jouets et autres articles
de bimbeloterie, l'inquiétude qui se manifeste chez les petits
fabricants français. Ceux-ci se voient en effet menacés
d'une nouvelle invasion d'articles boches qui constitueront du fait
du bas prix de la main d'oeuvre allemande et la dépréciation
du mark une concurrence redoutable pour les articles d'origine française.
Espérons, cependant, que quoi qu'il arrive, les papas et les
mamans de nos jolis bambins porteront de préférence
leur goût sur les articles de fabrication française.