ATTELAGES AUTOMOBILES ET CYCLES
PAR JACKY BROUTIN.
Les
collectionneurs de jouets automobiles sont parmi les plus nombreux,
car les modèles réalisés en près de cent
ans d'histoire sont d'une grande variété. Liés
de surcroît à l'histoire des techniques et à l'esthétique
industrielle, autant qu'à notre vie de tous les jours, ces jouets
nous attendrissent et nous instruisent, que nous soyons des fanatiques
de vieilles tôles, des inconditionnels du jouet Citroën,
des nostalgiques du rétro-50, des puristes du 1:43- ou des «
mange-tout pour qui tout ce qui se muent sur quatre roues est bon à
collectionner ! A l'intention des uns et des autres, tous passionnes
de jouets, nous signalons la sortie du deuxième tome de l' «
Encyclopédie des jouets anciens »: « Attelages, Automobiles
et Cycles , de Jac et Frédéric Remise, qui constitue,
précisons-le, le premier ouvrage consacré à ce
sujet, à mettre autant de jouets en valeur (automobiles, attelages,
motos) et à faire part des idées , que s'en font les collectionneurs
qui les détiennent. Ça aussi, c'est une grande nouveauté
dans la littérature consacrée aux jouets de collection.
Ainsi ce livre nous permettra, non seulement de mieux apprécier
l'infinie variété des jouets routiers produits dans notre
vieille Europe, mais aussi de mieux connaître de grands collectionneurs
dont les noms ne sont pas étrangers à certains d'entre
nous.
«...Les
automobiles Lehmann, inspirent à Peter Ottenheimer la bonne humeur,
parce qu'il les trouve amusantes et pittoresques. L'inspiration qui
présida à la création de ces jouets de Nuremberg
l'intéresse, car il sait que M. Lehmann tint souvent compte des
événements qui firent l'actualité de son temps...
les autos « Adler » « Tut-Tut »et « Am-Pol
».... Malgré l'intérêt qu'il porte à
cette marque, Peter Ottenheimer place les « tôles »
Gunthermann et les Hess sur un plan supérieur, parce qu'elles
lui suggèrent des réflexions plus profondes. Les jouets
Gunthermann l'enchantent, parce qu'ils sont bien dessinés et
que leurs personnages détaillés, ont toujours des tenues
(casquettes, chapeaux, pelisses, lunettes, bottes, gants etc.), correspondant
à des types de voitures bien précis.

«
Les lithographies Gunthermann sont en outre assez fines et variée
et certaines d'entre elles, comme le vis-à-vis canné,
comportent même des ombres. Peter Ottenheimer aime encore les
filets dorés de ces lithos qui donnent aux jouets un aspect riche.
Ces détails subtils, que certains collectionneurs ne saisissent
pas toujours, méritent d'être soulignés.
«
Bien que différente, la lithographie des jouets Hess n'en est
pas moins poussée dans le détail, mais je la vois assez
triste et opaque. Quant aux personnages Hess, Peter Ottenheimer trouve
qu'ils sont figés sur leur siège, à l'exception
des modèles en plâtre, de fabrication plus ancienne. Par
contre, il aime les formes de voitures de cette marque, parce qu'elles
sont typiques de leur époque mais d'un choix de couleurs assez
restreint. On voit surtout des verts foncés et des rouges. Précisons
que Hess est l'une des plus anciennes sociétés de Nuremberg,
puisqu'elle fut fondée en 1826...
«
Jacques Milet regrette, avec humour mais sincérité, que
les grands constructeurs de jouets n'aient pas pensé à
l'avenir, c'est-à-dire... aux collectionneurs: car ils n'auraient
pas utilisé des matériaux nouveaux qui ont mal supporté
le vieillissement (comme le zamac, qui est un alliage de zinc, d'aluminium,
de cuivre et de magnésium), et bien des jouets, comme le fameux
train du centenaire et les premiers Dinky, seraient aujourd'hui en bon
état. Pour beaucoup de ces jouets, le zamac qui se décompose
se fend, ou tombe en poussière ...
«
Daniel Rémy aime les voitures de course et de Grands Prix (A.C.F.,
Paris-Madrid, Paris-Vienne, etc....) qui furent luxueusement construites
en France. Elles ont en effet de belles silhouettes et possèdent
des capotes en cuir, des sièges en satin et des roues équipées
généralement de fins rayons. Quand elles sont agrémentées
de personnages à têtes en porcelaine, comme c'est le cas
pour les autos Vichy, Daniel Rémy est au comble de l'enchantement.
«
Ainsi, a-t-il sa façon d'apprécier les jouets, en se gardant
de subir l'influence des tendances du marché, qui donnent souvent
la préférence aux jouets allemands. Il se demande d'ailleurs
comment évolueront ces tendances dans un proche avenir. Nous
aimerions tous le savoir !...
«
Pour sa part, Jacques Milet, l'expert, fait un classement sentimental
et personnel:
1)
Charles Rossignol, parce qu'il créa à la fin du siècle
dernier, des jouets très artistiques.
2)
Siegfried Gunthermann, parce qu'il fit preuve d'une grande imagination.
3)
Ernst-Paul Lehmann, parce qu'il réalisa des voitures à
personnages animés .
4)
Les frères Marklin, parce qu'ils fabriquèrent de bons
moteurs.
5)
Les frères Bing, parce qu'ils travaillèrent en finesse.
6)
Georges Carette, parce qu'il conçut de grands et beaux modèles
à des prix dérisoires...
«
Jacques Milet pense avec juste raison, que Marklin a eu tort de ne pas
agrémenter plus souvent ses autos de personnages. Il cite en
exemple la pompe à incendie automobile de 1910 (47 cm), dont
l'élégance tient à la seule présence des
quatre pompiers qui l'occupent. Pour lui, un jouet n'a vraiment belle
allure que s'il conjugue des détails intéressants avec
une forme réussie. La voiture-pompe à incendie sans personnage,
dont j'ai retrouvé un exemplaire au Musée de Guttingen,
en est une preuve évidente...
«
Walter Storchli partage le point de vue de Jacques Milet et cite en
exemple, son tonneau Gunthermann, qui se trouve embelli par la présence
de ses quatre personnages. Il pense toutefois qu'avec ou sans personnage,
la majorité des autos de cette marque sont des chefs-d'Ïuvre,
parce qu'elles ont des lithographies délicates, nuancées
et presque toujours ornées de filets dorés. Il apprécie
en outre, la subtilité de leurs accessoires, comme le soufflet
à sifflet, fonctionnant avec une biellette reliée à
l'axe des roues, et les lanternes latérales. Les Gunthermann
correspondent à l'image de ce que Walter se fait de la beauté
et il se félicite que ces jouets n'aient pas été
la copie servile de la réalité, mais l'interprétation
intelligente et sensible de l'esthétique automobile. C'est pourquoi
il n'apprécie pas outre mesure les jouets plus récents
et plus réalistes, comme les Jep ou Citroën...
«
Le Comte Giansanti-Coluzzi m'expliqua qu'un modèle n'a d'intérêt
pour un enfant que s'il représente l'auto de ses parents et lui
permet de diriger les roues avec le volant. Conduire ainsi des jouets
automobiles fut un plaisir qu'il apprécia avec les Jep et les
Citroën, car ces deux marques françaises de l'entre-deux
guerres reproduisaient fidèlement les modèles de leur
époque et se pilotaient vraiment, grâce à un volant
et à un changement de vitesse... « La plupart des modèles
anciens qu'il découvrit par la suite, n'avaient pas les avantages
techniques qu'il appréciait tant sur les Jep et Citroën,
mais il aimait leurs formes et leurs couleurs. C'est ainsi que les jouets
de bazar, notamment les Lehmann, au volant fixe et aux carrosseries
souvent très fantaisistes, entrèrent dans sa collection,
aux côtés des grands classiques. Et alors qu'il n'avait
pas apprécié, étant enfant, les voitures avec des
personnages, pour la raison qu'il se voyait lui-même en chauffeur,
il commença à s'y intéresser, parce qu'il les découvrait
maintenant avec le regard de l'amateur.
«
Mais il conserve un esprit critique à l'égard des Bing
et des Marklin, dont il trouve la manipulation du volant peu rationnelle.
Il lui paraît irritant d'avoir à soulever cet accessoire,
pour le dégager des bagues crantées qui bloquent la direction
et de le tourner à gauche pour orienter les roues à droite,
et vice versa. Il aurait tant aimé que ces jouets, par ailleurs
si bien fabriqués, aient été parfaits sur tous
les points !...
«
Jean Alsac, pense que l'oiseau rare ne se trouve plus sur la branche,
et que pour le découvrir, il faut parfois aller plus loin que
chez le spécialiste. C'est ainsi qu'il trouva dans un couvent,
l'une de ses plus belles autos anciennes, qui était utilisée.
avec d'autres objets, pour la rééducation des aveugles
! Pour l'obtenir, il n'eut qu'à se rendre chez un marchand de
jouets afin d'acheter un modèle plus récent, donc plus
instructif. Après cette démarche, Jean Alsac offrit l'auto
à la Mère Supérieure, qui lui donna bien volontiers
le vieux modèle en échange.
«
Ce genre de découverte est rare, mais il témoigne des
occasions souvent imprévues qui se présentent dans la
vie d'un amateur avisé et attentif. Pour dénicher des
jouets aux marché aux puces, j'ai vu des collectionneur astucieux,
se promener avec une automobile ou un bateau à la main pour s'entendre
proposer, quand la chance les favorisait, un jouet semblable. J'en ai
connu d'autres qui utilisaient les petites annonces; d'autres encore,
qui réalisaient des expositions pour entrer en contact avec des
visiteurs susceptibles de posséder des jouets, etc...
«
Mais je m'interroge sur l'avenir des collectionneurs lorsque plus aucun
jouet ancien ne se présentera à eux sur les marchés.
Ceux qui s'en préoccupent se tournent déjà vers
des modèles plus récents, voire contemporains, tandis
que d'autres, bien pourvus en jouets anciens, échangeront des
pièces qu'ils n'ont même pas en double... si bien que quantité
de beaux jouets auront ainsi fait bientôt plusieurs fois le tour
des grandes collections et que les "made in Japan" figureront, sans
pâlir, aux côtés des vieilles tôles millésimées...
«
Classons maintenant ces collections « sans limite d'âge»,
pour lesquelles des milliers de personnes s'intéressent déjà,
en trois époques bien distinctes:
1)
1830-1925.
2)
1935- 1945.
3)
Postérieurs à 1945.
«
La première époque (celle qui nous intéresse dans
cet ouvrage), se caractérise par des modèles d'une facture
ancienne, réalisés par des artisans ou des industriels
qui ne travaillaient pas sur des données toujours très
réalistes.
«
La seconde époque, évoque l'automobile avec plus de vérité
historique car la guerre de 1914-1 modifia les techniques et les exigences
des enfants. Et l'on vit progressivemt le jouet en tôle imprimée
et agrafé remplacer le jouet en tôle soudé peinte
à la main, ou à l'aérographe. André Citroën
fut l'un des premier à fabriquer des copies conformes : Trèfle,
B14, Taxi B2, Berline C6 etc... « La troisième époque
concerne les automobiles postérieures au second conflit mondial
: des voitures Schuco aux « tôles » made in Japan, en
pasant par les kits en plastique, les 1/43e (dont l'origine est plus
ancienne) et les copies de vieux modèles. « Les jouets en
métal ne sont hélas plus guère fabriqués
aujourd'hui, ils sont d'un prix de revient élevé et jugés
plus dangereux que le plastique, à cause des parties coupantes
qu'ils présentent en certains points. Pour ces raisons, leur
existence future paraît compromise, à l'exception des modèles
qui seront encore réalisés à l'intention des collectionneurs
et des amateurs... »
Jac
Remise